Un exemple de la guerre bactériologique

 

 

 

 

 

 

TPE

2003/2004

HISTOIRE & SVT

 

 

L'UNITE 731

Un exemple de la Guerre Bactériologique

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TABLE DES MATIERES

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Introduction

I - La Seconde Guerre Mondiale, un contexte particulier

1) Un Japon en plein changement

2) Un conflit mondial

3) Les débuts flatteurs d'un savant fou

II - Les expérimentations japonaises

1) Les maladies utilisées

2) La mise en application des recherches

III - Les conséquences de 1945 à nos jours

1) L'après-guerre

2) L'enjeu actuel : le bioterrorisme

3) Lutte contre les attaques bioterroristes

Conclusion

Bibliographie

Annexes 1 - Des cobayes humains dès l'Antiquité

Annexes 2 - Le serment d'Hippocrate

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 INTRODUCTION

Au cours des nombreuses guerres qui font son histoire, l'homme développa plusieurs techniques dans le but de nuire et d'éliminer ses ennemis. L'une d'elles consiste à provoquer des pathologies infectieuses. Ainsi les guerres modernes connaissent aujourd'hui une façon différente d'aborder les conflits armés. Un aspect qui pourtant n'est pas si récent : la Guerre Bactériologique

Déjà vers 400 avant J.C., des bactéries et des virus étaient utilisés contre l'ennemi lors de sièges ou autres batailles. Avant même la découverte de ces pathologies, l'Homme avait une relation de mise en échec des adversaires par une contamination directe ou indirecte des troupes. Les nombreux exemples - des flèches trempées dans des cadavres en décomposition, des eaux polluées délibérément et de nombreuses autres atrocités - témoignent de l'importance qu'occupe cet aspect de la guerre depuis des siècles.

Plus récemment, durant la Seconde Guerre Mondiale, de 1931 à 1945, le bactériologiste Shiro Ishii créa, pour l'empire japonais, l'Unité 731 afin de mettre au point une arme biologique infaillible. La question suivante se pose donc : En quoi les expériences japonaises de l'Unité 731 sont un exemple de guerre bactériologique ?

Nous étudierons tout d'abord le contexte historique de ce projet sinistre à travers un Japon conquérant, en plein renouveau, se tournant vers le plus grand conflit mondial du XXème siècle. C'est durant cette période qu'émergea Shiro Ishii, expert japonais en bactériologie, et son projet d'arme biologique ultime. Dans cette optique, nous nous intéresserons à ses expérimentations à travers l'étude de maladies infectieuses utilisées comme armement militaire ainsi que leurs interventions confirmées ou officieuses dans le Pacifique et l'Asie. Enfin nous verrons les conséquences de cet événement au sortir de la guerre, l'enjeu actuel que représente le bioterrorisme, ainsi que sa prévention.

 

I) La Seconde Guerre Mondiale, un contexte particulier

Les plus grandes avancées techniques et scientifiques pendant notre ère, ont toujours eu lieu durant des conflits armées. La guerre biologique et chimique ne fait pas exception à cette règle. Mais le cas particulier de l'Unité 731 japonaise de guerre biologique basée en Mandchourie pendant la Seconde Guerre Mondiale est un cas délicat. C'est pourquoi nous nous efforcerons d'étudier le contexte d'un pays en plein changement, ainsi que le conflit mondial où enfin nous situerons les travaux macabres de l'armée impériale japonaise.

1) Un Japon en plein changement

Sous le règne de l'empereur Mutsuhito, le Japon subi la restauration Meiji. Cette ère marqua la réunification du pays et la fin des Shogouns. Elle marqua également le début d'une industrialisation et d'une modernisation de l'empire nippon. Cette révolution culturelle venue du sommet de la pyramide sociale a permit au Japon d'éviter le sort de la Chine et des autres pays d'Asie colonisés ou réduits à l'état de protectorats par les puissances occidentales. En trente ans, le pays atteignit le rang de puissance mondiale. L'une des principales préoccupations de l'empire japonais après l'industrie fut de posséder une armée solide, puissante et expérimentée. Des officiers français furent engagés pour réformer l'armée de terre, tandis que des Britanniques réorganisèrent la marine et le service militaire obligatoire fut institué en 1872. Après l'étude de nombreux systèmes politiques occidentaux, le Japon adopta en 1889 une première Constitution, ainsi qu'un nouveau Code pénal basé sur le modèle français.

Situation de la Mandchourie dans le Nord-Est de la Chine

Durant cette période de transition le Japon dut affronter plusieurs guerres avec la Chine (1894-1895) et la Russie (1904-1905). Deux conflits qui furent remportés brillamment. Après le conflit avec la Russie, le Japon hérita du contrôle économique de la Mandchourie. Cette région du Nord-Est de la Chine comprend les provinces de Heilongjiang, Jilin et Liaoning et possède une superficie de 778 000 km².

Avec l'arrivée de l'Empereur Taisho Tenno sur le trône en 1912, les militaires prennent de plus en plus de poids dans le gouvernement. Lors de la Première Guerre Mondiale (1914-1918), le Japon se rangea du côté de l'Entente et occupa les colonies asiatiques de l'Allemagne dont elle hérita à la fin de guerre. Sur le plan intérieur, après le terrible tremblement de terre qui dévasta Tokyo et Yokohama en 1923, les militaires qui subissaient un regain d'influence, proclamèrent la loi martiale et favorisèrent le mouvement de retour aux traditions et à la xénophobie.

En 1926, Hirohito, le petit-fils de l'empereur Mutsuhito, accéda au trône et choisit Showa ("la Paix éclairée" ou "brillante harmonie") comme nom officiel de règne. Né le 29 avril 1901 et principalement éduqué par des militaires de haut rang, l'empereur Hirohito fut le dernier souverain japonais à maintenir officiellement, pendant la première partie de son règne, le shintoïsme, religion dans laquelle sont exaltées des divinités personnifiant les forces de la nature, l'empereur et la nation japonaise. C'est ainsi que le général Tanaka Giichi devint Premier ministre en 1927, confirmant le rôle prépondérant des militaires.

Caricature flétrissant les atrocités japonaise contre la population chinoise lors de l'invasion de la Mandchourie en 1931

 A la fin des années 1920, le Japon avait fait de la Mandchourie un protectorat de fait. Les troupes chinoises durent se retirer. Sans approbation officielle de la part de l'empereur et du gouvernement japonais, et dépassant souvent les désirs de l'état-major impérial, l'armée étendit le théâtre de ses opérations à toute la Mandchourie et, en l'espace de cinq mois environ, se rendit maîtresse de l'ensemble de la région. Imprégnés de l'idéal expansionniste prôné par des sociétés ultranationalistes comme la société du Dragon noir, les officiers assurèrent avec zèle la protection des intérêts nationaux par la conquête, sans se soucier des directives des politiciens. La Mandchourie devint un Etat pantin sous le nom de Mandchoukouo. Après enquête, la Société des Nations engagea, en 1933, le Japon à cesser les hostilités en Chine. Le Japon décida simplement de quitter la SDN, un retrait qui devint effectif en 1935. Sous la pression militaire japonaise, la Chine reconnut officiellement les conquêtes nippones.

Les initiatives prises par l'armée montraient bien le pouvoir qu'exerçaient les chefs militaires sur la vie politique japonaise : l'armée menait véritablement la politique étrangère du Japon en pratiquant systématiquement la politique du "fait accompli". L'orientation totalitaire du régime se manifesta encore davantage après le retrait du Japon de la SDN. Prenant prétexte d'un assassinat politique, les militaires suspendirent la vie parlementaire. Les partis démocratiques et libéraux virent leurs activités entravées, et les opposants furent jetés en prison. En 1937, plus un seul membre du gouvernement n'était issu de la société civile. En outre, le Japon se rapprocha de l'Allemagne nazie et de l'Italie fasciste.

 

2) Un conflit mondial

Avec un gouvernement composé dans une énorme majorité de militaires conservateurs, nationalistes et xénophobes, il est compréhensible de voir le Japon se rapprocher de l'Italie fasciste du Duce Benito Mussolini et de l'Allemagne nazie d'Adolf Hitler. Ces trois pays présentent un fort sentiment de nationalisme et la xénophobie est alors exacerbée au Japon, en particulier envers les Chinois, les Coréens et les Russes ce qui n'est pas pour déplaire aux théories racistes du nazisme. Cette triple alliance fut renforcée par le pacte Antikomintern en 1936 et le pacte d'Acier en 1939. Alors que la Seconde Guerre Mondiale commença en Europe en 1939, les Japonais engagèrent les combats dès 1937 en déclarant la guerre à la Chine. Se basant sur la forte croissance économique et donc démographique, le gouvernement militaire japonais réussi, sans trop de contestation interne, à faire entrer l'empire dans une politique agressive expansionniste partant du principe qu'il y avait plus d'habitant et qu'il fallait donc plus d'espace. Le sud-est asiatique fut ainsi déclaré comme espace vital, une sorte de "Lebensraum japonais".

La guerre en Europe allait obliger le Japon à faire un choix concernant sa politique belliciste : la terre ou la mer. Choisir la terre revenait à persévérer dans la guerre avec la Chine et éventuellement attaquer l'URSS. Opter pour la mer signifiait une extension dans le Pacifique et tout le sud-est asiatique ce qui amènerait sûrement à une guerre avec les Etats-Unis. L'armée de terre et la marine se disputèrent chacune ces deux options. Mais un échec de l'armée de terre contre les Russes en Mongolie (1939) favorisa la voie des mers. En septembre 1940, l'Axe fut scellé par une alliance tripartite entre Rome, Berlin et Tokyo. Puis le Japon signa un pacte de neutralité avec la Russie en 1941. Les conquêtes japonaises en Asie attisèrent des tensions entre Tokyo et Washington qui décréta plusieurs embargo. L'arrivé aux postes de Premier ministre et de ministre de la guerre, du très fortement anti-américain, général Hideki Tojo en octobre 1941 signa la décision d'entrer en guerre alors que les négociations se poursuivaient.

Général Hideki Tojo, ministre de la guerre en 1941

Le 7 décembre 1941, sans aucun avertissement, les Japonais attaquèrent la principale base navale américaine dans le Pacifique : Pearl Harbor. Cette opération d'envergure propulse les Etats-Unis dans le conflit qui devient à ce moment là mondial.

Avec leur entrée de plein pied dans cette guerre touchant tous les continents, la course à l'armement devient prioritaire. Toute la population japonaise soutient sa nation et surtout son empereur. Pourtant ce dernier ne parvient pas à s'imposer face à des militaires qui disent faire la guerre en son nom et sa gloire. La science soutient également pleinement l'effort de guerre en concevant de nouvelles armes ou techniques dont la plus brillante réussite est le célèbre chasseur japonais "Zéro" imbattable sur la vitesse, la maniabilité et l'équipement. D'autres instruments de guerre un peu plus farfelus sont également mis au point comme des ballons montgolfières explosifs et incendiaires capables de couvrir de grandes distances. Avec la population et la science participant au soutient de l'armée, la guerre devient totale.

Cette montgolfière en papier, destinée à provoquer des incendies dans le camp adverse, est l'une des armes secrètes mises au point par les techniciens japonais de l'armement

 

Mi-saxophones, mi-tubas, ces instruments insolites sont les détecteurs de son utilisés par les Japonais pour déceler l'approche des avions. Ils font partie de la défense antiaérienne de Tokyo qu'inspecte l'empereur Hirohito.

Jusqu'en 1942 les batailles dans le Pacifique se succédèrent et furent autant de victoire. En effet grâce à l'épisode de Pearl Harbor, l'armée impériale eut durant quelque temps l'initiative dans cette partie du globe, obligeant les Alliés à reculer sur de nombreux front. Les capitulations sont nombreuses et les prisonniers aussi. Mais il n'est pas bon être prisonnier de guerre chez les Japonais qui se préoccupent peu des conventions internationales et de la notion d'individus, surtout quand il s'agit de vaincus. C'est durant cette période qu'eut lieu le tragique épisode de la "marche de la mort de Bataan" où 76 000 prisonniers de guerre américains et philippins parcoururent 88 kilomètres de route à pieds. Sous un soleil de plomb, l'humidité de la région et les coups des japonais, 2 330 américains et entre 7 000 et 10 000 philippins perdirent la vie. Quelques-uns des survivants de cette marche finiront leurs jours en Mandchourie dans les tristes camps de détentions japonais. Il faut savoir que 30% des prisonniers occidentaux moururent dans ces camps pendant toute la guerre alors que dans les camps allemands en Europe seulement 4% des Alliés perdirent la vie durant leur détention. Le trop grand coût de ces détentions explique en partie ce chiffre, en effet la très grande quantité de prisonniers chinois devenait ingérable. Mais la conception de l'individu était également très différente, autant que les soldats nippons se sacrifiaient au nom de l'empire sans se rendre, autant ces prisonniers n'étaient pas vraiment considérés comme humains. Un des exemples le plus incroyable et ignoble est que dans certaines unités, les soldats s'exerçaient à la baïonnette sur des prisonniers vivant sous le prétexte que cela améliorait leur force et la précision de leurs coups.

Mais il y eut des sorts encore moins enviables. Certains prisonniers américains de cette marche finirent leur jour dans les camps de l'unité 731 en Mandchourie sous les expérimentations du général Ishii qui rechercha l'arme bactériologique ultime.

Des prisonniers britanniques sont rassemblés avant d'être évacués vers les sinistres camps japonais

 

Quelques photos du tragique épisode de la "Marche de la mort" qui coûta la vie à 2330 prisonniers américains et à 10 000 philippins après la capitulation de Bataan

 3) Les débuts flatteurs d'un savant fou

L'Unité 731 est avant tout l'œuvre d'un homme : Shiro Ishii. Né le 25 juin 1892 dans une famille de riches propriétaires terriens, Shiro Ishii suivi des études de médecine à l'Université impériale de Kyoto. Elève brillant et passionné, il étudia jour et nuit dans les laboratoires de l'école. Peu porté sur les relations humaines, ses professeurs le considérèrent comme flamboyant et audacieux mais sans aucun égard pour les autres. Ensuite, il s'engagea dans la Garde impériale en tant que chirurgien militaire. A partir de 1924, Shiro Ishii se spécialisa dans la recherche bactériologique, la sérologie, la médecine préventive et la pathologie. En 1928 il entreprend un voyage d'étude des laboratoires occidentaux. A son retour, il fut promut commandant et fait désormais partie du Service de la prévention des épidémies de la nouvelle Ecole de médecine de l'armée qui fut construit à Tokyo. En 1931, Ishii inventa un filtre à eau révolutionnaire capable de débarrasser une eau croupie de tous ses bacilles. Après quelques perfectionnements, ce filtre fut adopté en 1936 par l'ensemble de l'armée et de la marine japonaise. Couvert par ses supérieurs hiérarchiques, Shiro Ishii se mit alors à étudier les bacilles les plus dangereux en secret se servant de ses recherches relatives à la prévention des épidémies et à la filtration de l'eau. C'est aussi le début présumé de ses expériences sur cobaye humain.

La population civile subit égelement la préparation à la guerre. Ici deux moines bouddhistes protégés par un masque à gaz apprennent à évacuer un blessé.

Aussitôt après la Première Guerre Mondiale, les puissances européennes soulevèrent la question morale des armes chimiques et biologiques. Quand l'hostilité de l'opinion publique à ce type d'armement se fit le plus fort au cours de 1925, le 17 juin de cette même année, un protocole de la SDN interdisant les armes à caractères chimiques et biologiques est voté. Les Etats-Unis et le Japon ne le ratifièrent pas. A l'époque, Ishii était déjà un théoricien de la guerre biologique à l'intérieur du ministère de la guerre. Il insistait toujours sur le rôle futur de la guerre bactériologique. Mais l'état-major restait hostile aux idées de Ishii. Après son voyage à travers le Monde et surtout l'Europe, il fallait, pour lui, que le Japon prenne immédiatement de l'avance dans ce genre de guerre totalement nouveau au sens moderne. Prendre de l'avance en prenant en compte l'horreur avec laquelle le corps médical européen, fidèle au serment d'Hippocrate, considérait l'expérimentation sur l'homme. Il alla donc jusqu'à suggérer de recourir à l'expérimentation humaine pour obtenir des renseignements plus précis. Le but de Ishii était de mettre au point l'arme bactériologique ultime suivant ainsi les traces des armes chimiques. Le prix Nobel de 1919 fut attribué à Fritz Haber, l'inventeur de l'arme chimique, pour ses travaux sur la synthèse de l'ammoniac. Dans l'indignation générale, Haber déclara à la remise du prix : "Dans aucune des guerres futures, les militaires ne pourront ignorer les gaz toxiques. Il s'agit d'une façon plus scientifique de tuer." Ce concept fut suivi par Ishii dans ses recherches.

Général Shiro Ishii, chef de l'unité 731

Les liens de Ishii dans différents ministères lui permirent d'approfondir ses travaux. Pour mieux en assurer le secret, il décida d'installer un laboratoire en Mandchourie, que le Japon contrôle totalement depuis 1931. C'est ainsi que Ishii fonda son premier laboratoire dans les faubourgs de Harbin dont la population comptait 240 000 Chinois, 81 000 Russes et 4 700 Japonais. Il était installé dans une ancienne fabrique de sauce de soja. Ce lieu fut déterminé par le quartier général de l'armée japonaise de Kwantung. Shiro Ishii avait pour objectif de mettre au point une arme bactériologique offensive. Il se faisait affecter les meilleurs chercheurs du Laboratoire pour la prévention des épidémies de Tokyo.
Après deux ou trois années d'activité, les effectifs de l'unité de Shiro Ishii s'élevaient à trois cents personnes, dont une cinquantaine de médecins.
Peu avant 1936, l'unité de Shiro Ishii s'est installée en pleine ville de Harbin, dans un immeuble de deux étages. Shiro Ishii avait alors déjà construit et expérimenté une bombe biologique. Le nombre de ses collaborateurs a augmenté pour atteindre le millier.
Le 1er août 1936, Shiro Ishii a été nommé officiellement chef de l'unité qu'il avait créée. En 1938, Shiro Ishii devint colonel. L'effectif de son unité est passé à trois mille hommes.

Le 30 juin 1938, l'armée de Kwantung a commencé à préparer un nouveau cantonnement pour l'unité de Shiro Ishii, à Pingfan, à vingt-quatre kilomètres au sud de Harbin. Cette nouvelle installation occupait 3 km² de terrain. Elle se dissimulait derrière une haute muraille entourée d'une douve sèche et surmontée de barbelés électrifiés à haute tension. Elle comprenait environ cent cinquante bâtiments, divers aménagements, un embranchement de chemin de fer, un incinérateur, une centrale électrique, un bâtiment pour les animaux, un insectarium, un grand bâtiment administratif, un terrain d'exercices et une construction carrée appelée "bloc Ro ". Le bloc Ro était carré vu de l'extérieur, mais derrière la construction principale se trouvaient deux autres bâtiments : les blocs 7 et 8, où étaient enfermés les cobayes humains.

Le service bactériologique de l'unité était divisé en une douzaine de sections dont chacune étudiait, dans l'éventualité d'une guerre, les possibilités de toute une variété de maladies contagieuses ainsi que les vaccins et le sérum sanguin. On y examinait également les agents propagateurs de ces maladies, de nouveaux produits chimiques toxiques et les effets du froid sur les êtres humains. Shiro Ishii était particulièrement intéressé par la peste. Ce n'est qu'à partir de 1941 que cette unité a été désignée par le No 731.

Ses premiers cobayes étaient des prisonniers condamnés à mort et détenus à la prison de Harbin. Par la suite, les victimes étaient également des soldats chinois, des Russes communistes, des intellectuels, des ouvriers coupables d'agitation ou simplement des individus soupçonnés de "déloyauté ", puis, ultérieurement, également des prisonniers de guerre américains détenus au camp de Moukden. Ces cobayes humains étaient appelés "marutas", ce qui, en japonais, signifie "bûche" ou "bille de bois ". A leur arrivée à l'unité 731, on leur attribuait un numéro et ils n'étaient plus considérés comme des êtres humains. La plupart avaient entre vingt et quarante ans. Tous semblaient au courant de leur sort.

Vue aérienne de Pingfan, le bloc Ro

Photos des ruines du camp de l'Unité 731 à Pingfan

 Après la mutation rapide de toute sa société, le Japon sombra dans le totalitarisme sous le joug des militaires. Ceux ci ont besoin d'armes et de techniques nouvelles pour assouvir leur soif d'expansion. Malgré les interdictions des réglementations internationales établis à la fin de la Première Guerre Mondiale, le Japon étudie les possibilités offensives des armes chimiques et biologiques. Pour le biologique, Shiro Ishii, fraîchement promut colonel établit une unité de recherche en Mandchourie afin de mettre au point une arme bactériologique infaillible. Pour ce faire, il contourne toute règle morale et pousse l'horreur à son comble en utilisant l'expérimentation humaine pour les maladies les plus infectieuses et mortelles du globe.

 

II) Les expérimentations japonaises

Au cours de la seconde guerre mondiale, le Japon mit en œuvre une grande campagne de développement d'armes bactériologiques, utilisant de nombreuses maladies ainsi que de nombreuses techniques pour répandre celle-ci ; et ainsi mettre en place la "manière plus scientifique de tuer " évoqué par Haber.

Nous étudierons d'abord les maladies utilisées lors expérimentations japonaises, puis dans une seconde partie nous étudierons les armes bactériologiques mises au point par les Japonais, et notamment l'Unité 731, durant cette période.

  

1) Les maladies utilisées

a) Fonctionnement des expérimentations

Afin de mettre au point des armes biologiques efficaces, les Japonais eurent recours à l'expérimentation de maladies sur des cobayes humains, prisonniers de guerre et opposants appelés "marutas ". Ces expérimentations commencèrent dès 1932, et on estime à environ 3000 le nombre de personnes sacrifiées à Pingfan, au bloc Ro, centre d'expérimentation de l'unité de Shiro Ishii à partir de 1938. Dans ce centre, le service bactériologique de l'Unité 731 était divisé en une douzaine de sections dont chacune étudiait les possibilités d'utilisation militaire de toute une variété de maladies contagieuses :

Peste, Anthrax, Dysenterie, Typhus, Typhoïde, Paratyphoïde, Choléra, Botulisme, Brucellose, Gangrène gazeuse, Morve, Grippe, Méningite cérébro-spinale, Salmonellose, Variole, Tétanos, Encéphalite, Tuberculose, Tularémie, Fièvre hémorragique, etc.

On y étudiait également les vaccins et le sérum sanguin, ainsi que les agents propagateurs de maladies comme les insectes, et que de nouveaux produits chimiques, toxiques, etc.

Expérience de l'Unité 731 - vivisection

Les conditions d'emprisonnement à Pingfan étaient des plus atroces. 200 prisonniers peuplaient les cellules du bloc Ro, et deux ou trois mouraient chaque jour. Quand un détenu survivait à une expérience, il était soumis à une autre, jusqu'à ce qu'il finisse par mourir. Sur certains d'entre eux étaient pratiqué des vivisections, d'autres étaient bouillis vif, ou encore brûlés au lance-flammes, congelés, électrocutés, tués dans des centrifugeuses géantes, soumis à une exposition prolongée aux rayons X, etc. D'autres ont subi des transfusions de sang de cheval ou d'eau de mer, d'autres ont été complètement déshydratés, desséchés jusqu'à ce qu'ils meurent et ne pèse plus que le cinquième de leur poids, ou affamés et privés de sommeil jusqu'à la mort, ou encore beaucoup d'autres atrocités...

Mais quelles sont les caractéristiques des principales maladies expérimentées par l'Unité 731 à cette époque ?

Une équipe de l'Unité 731 durant une vivisection

Charnier de "Marutas"

b) Descriptions des maladies et des symptômes

- La Peste :

La peste est due à une bactérie, Yersine Pestis, et a été responsable de 200 millions de décès au cours de grandes épidémies en Europe, telles que "la peste noire " au XIV ème siècle. La contamination humaine résulte d'une morsure de puce infectée, ou par inhalation de gouttelettes respiratoires d'animaux infectés, c'est le cas lors de contaminations interhumaines. La peste se dérive sous trois principales formes cliniques : la peste pulmonaire, la peste bubonique, et le peste septicémique.

La peste pulmonaire a un temps d'incubation de 1 à 6 jours, et se manifeste par des symptômes violents tels que des mots de tête intenses, des malaises, une fièvre élevée (supérieure à 40°C), des nausées, des douleurs abdominales, et une prostration importante. En l'absence de traitement antibiotique, la mort survient en deux à trois jours.

La peste bubonique, la plus fréquente (75 à 97 % des cas) a un temps d'incubation de 2 à 8 jours. Les symptômes apparaissent brutalement : fièvre élevée, maux de tête, nausée, malaise, asthénie intense et prostration, en plus de l'apparition d'un bubon en 24 heures à l'endroit de la morsure de la puce. La mortalité varie de 15 à 60 % en l'absence de traitements.

La peste septicémique est souvent une complication d'un bubon, ou d'une pneumonie primitive non traitée, mais elle peut également se développer sans indices préalables. Les symptômes sont : un choc septique, une coagulation intra vasculaire et de larges ecchymoses, et possibilité de gangrène des régions acrales (extrémités du nez, des doigts, des orteils, etc.)

 

- L'Anthrax :

L'anthrax ou maladie du charbon est due à une bactérie : B. anthracis. C'est une maladie rare dans les pays industrialisés, mais endémique dans les pays en voie de développement (Afrique, Asie, Pays de l'Est, Amérique du Sud, etc.) Dans le monde chaque année, environ 2000 personnes présentent une maladie du charbon, le plus souvent sous sa forme cutanée, et la plus grande épidémie humaine a été observée de 1979 à 1985 au Zimbabwe, où 9445 personnes furent contaminées, et dont 141 moururent. Les maladies du charbon se dérivent en trois formes : la forme inhalée, la forme cutanée, et la forme digestive.

La forme inhalée : Le temps d'incubation peut varier entre 1 à 15 jours, proportionnellement à la quantité de spores inhalées, et les symptômes sont biphasiques :

Une première phase : fièvre légère, frisons, asthénie, toux, maux de tête, douleurs thoraciques et abdominales, nausées, etc. Certaines rémissions sont constatées à la fin de cette phase.

Une seconde phase brutale : fièvre élevée, frissons, douleurs rétro sternales, détresse respiratoire aiguë, cyanose, choc septique, et dans 50% des cas une hémorragie méningée. Lors de la phase brutale, un traitement antibiotique se révèle déjà inefficace car trop tardif, le décès survient alors en 2 à 5 jours dans 90% des cas.

La forme cutanée : Cette forme de la maladie du charbon représente 90 à 95 % des cas, en dehors d'attaques biologiques. Elle se contracte par contact avec un animal

Infecté, et nécessite une lésion cutanée préalable telle qu'une plaie ou une abrasion (égratignure). Le temps d'incubation est de 1 à 5 jours, et se manifeste par l'apparition d'une vésicule en 24 à 36 heures, entouré d'un œdème et de nombreuses autres vésicules 2 à 6 jours après. La mortalité est inférieure à 1 % sous traitement, mais peut atteindre les 20 % si aucun remède n'est appliqué.

La forme digestive : Elle survient après une ingestion de spores, et 2 à 7 jours après cette ingestion apparaissent des nausées, des pertes d'appétit, des malaises, des fièvres et des douleurs abdominales. Ensuite apparaissent diarrhées sanglantes et état septique. En 2 à 5 jours, elle conduit vers un syndrome toxinique, un choc septique, et le décès dans 50 % des cas.

 

- La Variole :

La variole à été éradiquée dans le monde en 1980. Elle se transmet de manière inter humaine, sa période d'incubation et d'environ 10 à 12 jours, et les symptômes sont nombreux : maux de tête, fièvre élevée, anxiété, puis apparition de tâches rouges au niveau de lèvres, et des lésions sur le visage et les avant-bras, qui s'étendent vers le tronc et les jambes en 24 heures. Les complications apparaissent fréquemment, tel que des bronchites, des pneumopathies, et des œdèmes pulmonaires. La mort survient entre 4 à 15 jours, dans 30 % des cas chez les individus non vaccinés. La variole présente également des formes dérivées, telles que la variole hémorragique mortelle dans 99 % des cas, la variole coalescente mortelle dans 95 % des cas, ou encore la variole atténuée, ou il n'y a pas apparition de pustules.

 

- Le botulisme :

Le botulisme est une maladie causée par des toxines produites par le C. botulium, gros bacille anaérobique strict, capable de sporuler. La toxine botulique est une des toxines les plus violentes, elle est facile à produire et peut provoquer de nombreux décès, néanmoins il n'existe pas de transmission interhumaine possible. La période d'incubation varie en fonction de la toxine de 12 à 72 heures, et les symptômes apparaissent de manière brutale : troubles de la vision, photophobie, paralysie faciale, dysphonie, faiblesses musculaires, paralysie motrice débutant à la tête pour gagner le tronc, les membres, et les muscles respiratoires, nausée, diarrhée, constipation, etc. Il n'y a pas de troubles de la sensibilité, de la conscience, ni de fièvre. La récupération est lente et certains symptômes peuvent rester plusieurs années, et la récupération motrice complète s'effectue et 3 à 6 mois.

Le japon et l'Unité 731 ayant, pendant plus de dix ans, expérimenté toutes ces maladies savent alors, à l'aube de la seconde guerre mondiale, comment exploiter au mieux celle-ci à des fins militaires, et connaît les moyens de les rendre plus contagieuse et plus mortelles. Il est donc prêt à mettre en application ses recherches.

 

2) La mise en application des recherches

Au cours de la seconde guerre mondiale, le Japon utilisa, notamment en Mongolie et en Chine, des armes chimiques et bactériologiques mise au point au cours des dix années de recherches à Pingfan par l'Unité 731. Nous verrons quels types d'armes furent mise au point, ainsi que des exemples d'utilisations de ces armes.

a) Les armes bactériologiques mise au point

À la veille de la seconde guerre mondiale, le Japon s'est procuré tout un arsenal d'armes biologiques, et la production de bacilles était potentiellement suffisante pour tuer plusieurs fois la population de toute la planète. De plus, l'Unité 731 a mit au point diverses méthodes pour propager toutes ces maladies : bombes spéciales, similaires à celle utilisées pour le lancement des tracts ; bombes en papier qui s'autodétruisent après avoir libéré des rongeurs infectés ; largages de plumes infectées ; contamination de légumes, de chocolats ou de gâteaux ; bouteilles lâchées au fil des rivières ; largage de ballons géants pouvant parcourir de grandes distances, capable d'aller d'Asie en Amérique, etc.

Shiro Ishii était particulièrement intéressé par la peste, et lors de l'apogée de l'Unité 731, il était théoriquement possible de produire 300 Kg de germes de peste par mois. Afin de répandre la peste, Shiro Ishii eut l'idée de se servir des puces, de qui nécessita de créer un élevage de rats, ce qui monopolisait les activités du "bâtiment des animaux " de Pingfan.

b) Exemple d'utilisation de ces armes

Dès 1940, Shiro Ishii déclenche des épidémies de peste en Chine, à l'aide de l'aviation japonaise : Le 4 Octobre, le 22 Octobre, et le 28Novembre, des avions japonais disséminent des grains de riz et des graminées infectées, mélangés avec des puces porteuses, au-dessus de Chu Hsiens, de Ningpo, et de Kinghwa. La peste éclate à Nigpo, et dans les provinces chinoises de Suiyuan, Ninghsia, et Shensi. L'Unité 731 réitérera ce même type de raid en automne 1941, au-dessus de Changteh.

En 1942, le Japon organise une opération massive contre la Chine, en Chekiang, où les japonais utilisent de l'Anthrax, le Choléra, la Dysenterie, la Typhoïde, la Paratyphoïde, et la Peste. 2 millions de Chinois, civils comme militaires, sont ainsi massacrés.

En mai 1944, l'Unité 731 devait fournir des armes bactériologiques à l'armée japonaise, pour le conflit dans le Pacifique, mais après la capture de la piste d'envol de l'île de Saïpan par les américains, Shiro Ishii envoi un détachement pour "arroser " de bacilles de la peste cette piste ; mais le navire transportant le détachement est coulé par un sous-marin américain, et le projet tombe à l'eau.

En février 1945, alors que les américains ont conquit Iwo Jima, Shiro Ishii propose de contre attaquer à coup d'arme bactériologiques, mais son plan est rejeté par un médecin général, Hiroshi Kanbayashi, parce qu'il est préférable de ne pas contaminer le sol japonais avec des armes chimiques, et parce que le plan n'aurait de toute façon en rien changé la finalité de la guerre, et la défaite japonaise.

Durant les dix années précédant la seconde guerre mondiale, l'Unité 731 a donc testé toutes sortes de maladies sur des cobayes humains, à travers toutes sortes d'expériences atroces afin de déterminer le moyen le plus efficace de tuer. Les résultats de ces expériences ont par la suite été utilisés afin de créer toute une panoplie d'armes bactériologiques qui contribuèrent à créer un nouveau type de guerre, la guerre bactériologique.

 

III) Les conséquences de 1945 à nos jours

Après la deuxième guerre mondiale, le peuple chinois apporta un grand nombre d'accusations sur les atrocités japonaises. Des éléments touchaient en particulier l'Unité 731. Ceux-ci concernaient essentiellement des contaminations et épidémies de Peste et de Choléra. Le Japon a toujours nié ces agissements, seulement un grand nombre de preuves établirent sa culpabilité. A la suite du conflit mondial c'est constitué un tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient afin de juger les criminels de guerre.

Néanmoins, cet exemple de guerre bactériologique projeta le monde dans une situation nouvelle, remettant en cause l'approche de la guerre ainsi que les enjeux des prochains conflits internationaux. La guerre bactériologique est qualifiée de "guerre nucléaire du pauvre", ainsi tout pays peut utiliser ce système de dissuasion à petite ou grande échelle. D'autre part, dans une société plus contemporaine, cette mutation de la guerre peut entraîner le problème du bioterrorisme.

 

1) L'après-guerre

a) Les procès de l'après-guerre

En 1946, à Tokyo c'est ouvert le procès international des criminels de guerre japonais. On comptait 28 inculpés. D'autres procès pour crimes de guerre avaient eut lieu dans des pays qui furent soumis à l'occupation japonaise. Il est fort probable qu'un grand nombre de faits furent dissimulés aux enquêteurs de la section internationale. Toutes les atrocités décrites par la Chine n'étaient pas confirmées par les accusés. Il a fallut de nombreuses enquêtes pour donner raison au peuple chinois. Même Shiro Ishii, la tête pensante de l'Unité 731, n'a comparut devant aucun tribunal international. Ce n'est qu'en novembre 1948 que les verdicts furent rendus.

De même, à la suite du conflit, les expérimentations de pathologies, soit disant réalisées sur des cobayes humains, n'étaient pas reconnues par l'armée impériale. Officieusement, on pouvait se douter que des prisonniers de guerre américains et chinois permettaient à l'Unité 731 de tester de nouvelles armes biologiques.

L'armée américaine, durant la même période, interrogeait le protagoniste principal de cette affaire dont le nom n'a jamais été mentionné lors du procès. Shiro Ishii devait relater toutes ses connaissances des expérimentations bactériologiques aux experts américains en échange d'une protection, pour sa famille et lui-même, d'une quelconque inculpation ou emprisonnement de l'URSS ou du tribunal international. Cependant le secrétaire d'Etat américain à la défense ne reconnaissait pas en 1950 que les prisonniers américains avaient pu servir de cobayes. Parallèlement une usine bactériologique américaine se développait en Arkansas, on suppose qu'elle fut le théâtre de production industrielle d'armes bactériologiques. Les Etats-Unis auraient trouvé dans la guerre de Corée, le parfait terrain d'expérimentation pour ces nouvelles armes.

b) la guerre de Corée : terrain d'essai des Etats-Unis ?

La guerre de Corée débuta le 25 juin 1940. D'après de nombreuses enquêtes, l'armée américaine, qui officiellement ne possédait pas d'armes biologiques, menait une guerre secrète en Corée dont l'objectif premier était la préparation d'une guerre bactériologique. Dès 1952, Chinois et Coréens du Nord accusaient les Etats-Unis de propager des maladies infectieuses pas l'intermédiaire d'insectes porteurs. D'ailleurs, on note les déclarations de quatre aviateurs américains après leur capture, qui affirmaient avoir largué des bombes de bactéries. La commission d'enquête internationale, avec l'appui des différents indices recueillis, confirma que ces actes de guerre biologique américaine étaient soulignés par une flagrante ressemblance avec les atrocités japonaises de la seconde guerre mondiale.

De nombreux historiens comme Stephen Endicott et Edward Hagerman apportèrent des preuves sur les agissements des américains en Corée et en Chine entre 1951 et 1953. D'après eux, c'est pour éviter la défaite annoncée par une bataille aérienne difficile, que les Etats-Unis utilisèrent des armes bactériologiques mais aussi chimiques. L'arme bactériologique était à l'époque déjà bien connue par les américains, cependant leur capacité au niveau armement n'était pas suffisamment compétitive. Ainsi la base de Fort Detrick n'a eu de cesse de mettre la main sur les expériences que les japonais utilisèrent contre la Chine. On apprenait par la suite que le général japonais Shiro Ishii fut retrouvé par la délégation secrète du colonel Sanders. Tous ces éléments mènent à penser que le général japonais divulgua des informations cruciales aux américains et ainsi le projet 731 connu un successeur durant la guerre de Corée. Le fait le plus marquant de cette guerre est que le peuple américain n'était pas du tout informé des agissements de leurs militaires, c'est seulement après diverses déclarations d'aviateurs que le problème fut soulevé. On peut penser que les Etats-Unis cachaient certains détails sur les actes de l'Unité 731, afin de développer, de leur côté, une organisation similaire. On releva même que certains cadres de l'unité japonaise furent intégrés à l'armée américaine. Fort Detrick profitait donc pleinement de l'avancé technologique japonaise.

Dans l'ouvrage de Williams et Wallace, on apprend que le chef d'Etat Major des Etats-Unis ordonna le 30 juin 1950 "la production des agents infectieux et la détermination de la valeur offensive de l'armée américaine".

C'est seulement en 1982 que le gouvernement japonais a révélé l'existence de la fameuse Unité 731, cependant son fonctionnement et ses activités restent soit disant inconnus.

Manifestation chinoise pour l'indemnisation des victimes après la reconnaissance par le Japon de ses actes de guerre biologique durant la Seconde Guerre Mondiale

Malgré tous ces secrets de guerre et toutes ces informations non officielles, le monde voit aujourd'hui son approche de la guerre en pleine transformation. L'utilisation d'armes biologiques, durant les conflits mondiaux de certains pays les plus faibles, au niveau de l'armement laisse présager un danger civil : le bioterrorisme.

 

2) L'enjeu actuel : le Bioterrorisme

Aujourd'hui la guerre bactériologique peut prendre une toute autre importance, un enjeu qui dépasse la contamination des militaires. Le bioterrorisme vise la population civile elle-même, en effet depuis les fameux événements d'octobre 2001 aux Etats-Unis qui concernent des lettres pourvues de spores de la maladie du Charbon, le monde a été conduit à reconsidérer le bioterrorisme. Toute société actuelle se trouve totalement vulnérable dans de tels cas, cet élément de la guerre est passé de fiction idéologique à réalité menaçante.

a) Qu'est-ce que le bioterrorisme ?

Le bioterrorisme est traduit par l'utilisation de bactéries ou de virus contre un organisme vivant afin d'induire une maladie. Il fait partie des risques NBC. Contrairement au nucléaire et au chimique, l'attaque biologique est plus difficile à reconnaître dans son état initial, ceci explique donc l'incapacité constante de relater des faits précis et ponctuels d'une guerre ou d'une simple attaque impliquant des armes bactériologiques. Ceci souligne le principal moyen de lutte contre le bioterrorisme : la prévention.

De nombreux pays se sont trouvés confrontés à l'envoi massif de colis suspects. En France on comptait plus de 4 000 alertes entre fin 2001 et 2002, durant la même période l'Europe comptait 11 000 alertes. Aux Etats-Unis, 22 patients étaient atteints de la maladie du Charbon, 5 d'entre eux sont décédés. Un état d'anxiété et de panique c'est installé dans de nombreux pays avec des canulars de lettres contenant de la poudre blanche. Sachant qu'une alerte vaut environs 1 500 €, cette période fut éprouvante pour l'Etat d'une part au niveau de la sécurité et d'autre part au niveau financier.

L'assemblée générale des Nations Unis a proposé avec la Conférence du Comité de Désarmement une nouvelle convention internationale dès 1972. La fabrication et le stockage d'armes bactériologiques furent interdits. Aujourd'hui même au niveau national, certains groupes ou sectes sont capables d'utiliser le bioterrorisme, le Japon et les Etats-Unis portent de nombreux exemples de ces actes. On compta durant les trente dernières années une dizaine d'attaques criminelles liées à la transmission de pathologies.

Aujourd'hui la lutte contre le bioterrorisme est de rigueur et est souvent basée sur une collaboration internationale. Cependant il n'est pas si facile d'utilisation, ses effets ne sont pas non plus d'un impact certain, la seule valeur sûr reste la peur que cette menace suscite. De plus, si un Etat tente de prévenir une attaque terroriste de cet ordre les mesures à prendre sont très importantes au niveau des moyens.

b) Le caractère du bioterrorisme

L'utilisation d'armes bactériologiques présente plusieurs avantages : tout d'abord les actes peuvent rester anonymes puisque le temps de contamination peut jouer sur la durée, ensuite les armes bactériologiques peuvent être simples d'accès et sont de moindre coût. Enfin l'impact psychologique sur la population, dût à la capacité d'atteindre une grande échelle, entraîne une déstabilisation du pays ou du groupe concerné.

Le diagnostique d'un virus est très difficilement réalisable surtout si la population se trouve dans une période de grippe ou autre. En plus de sa propagation pathologique à grande échelle, l'acte bioterroriste se développe aussi fortement au niveau psychologique de la population interne ou externe à la contamination. C'est de cette manière qu'un pays se trouve en état de crise totale, limitant ainsi sa capacité de réplique lors d'un conflit.

Aujourd'hui on compte 180 agents microbiologiques ou toxines pouvant être utilisées à des fins bioterroristes. On en apprend chaque jour plus sur la valeur de l'intérêt de chacun de ces agents, ils sont répertoriés d'après leur capacité de production et de diffusion, le degré d'infection, la virulence, la possibilité d'une transmission interhumaine, l'impact sur la population, le coût des moyens qui permettent de lutter contre cet agent, leur développement militaire et leurs vaccins existants.

Néanmoins l'utilisation de ces agents entend de la part des utilisateurs une connaissance et une maîtrise de la microbiologie bactérienne afin de produire en laboratoire une grande quantité de l'agent infectieux le plus rapidement possible. Ceci annonce tout à fait la nécessité d'une connaissance des sciences dans la guerre. Ainsi, seul un groupe possédant des capitaux suffisamment importants pour se doter de scientifiques qualifiés et d'installations technologiques avancées, peut envisager une attaque bactériologique. La principale technique consiste à aérosoler un agent biologique, provoquant ainsi une dissémination. Il est nécessaire de prendre en compte les données historiques de ce type de contaminations pour que les gouvernements prennent conscience du risque biologique.

 

3) Lutte contre les attaques bioterroristes

a) Stratégie vaccinale avec l'exemple de la Variole

Pour la plupart des agents bactériens, il existe des traitements antibiotiques curatifs, seulement le virus de la variole n'en fait pas parti. C'est en isolant les patients infectés et en leur administrant un vaccin au fil des années que l'éradication de l'infection est apparue sur tous les territoires mondiaux.

En France, on stoppa la vaccination chez les enfants dès 1978 et de manière générale pour les sujets jusqu'à 21 ans en 1984. On remarque alors une prédisposition de la maladie pour les sujets de moins de 25 ans. En effet, des études ont prouvé que des sujets, ayant subit au moins une vaccination, gardent dans leur organisme une certaine immunité à la variole. Les gouvernements se posent donc la question de devoir vacciner une partie de la population pour contrer une éventuelle attaque bioterroriste. Le problème étant que des effets secondaires ne sont pas exclus pouvant même être mortels chez des patients dont le système immunitaire est altéré.

On note trois types de vaccins selon la connaissance qu'on a de leurs actions curatives et indésirables. Ainsi ceux de la première génération sont les plus connus. L'OMS a employé dans sa campagne mondiale de vaccination, tous les vaccins de première génération dans les années 1970. Tous les vaccins de première génération ont été fabriqués à partir d'animaux, leur efficacité est connue, cependant des effets secondaires réels ne sont pas maîtrisés.

On compte parmi les principaux effets indésirables :

- Eczéma vaccinal

- Vaccine progressive

- Vaccine généralisée

- Encéphalite post-vaccinale

De plus on peut noter des effets probables mais jamais publiés comme la contamination des souches vaccinales par des agents infectieux d'animaux. Les stocks de vaccins sont situés dans les grands pays industriels et pharmaceutiques comme les Etats-Unis, dans des sites militaires hautement sécurisés.

Les vaccins de seconde génération sont synthétisés à partir des souches virales de première génération. Les seules données sont celles de la souche la plus connue, celle du NYCBOH. L'avantage réside dans une meilleure qualité de reproductivité et des souches elles-mêmes. Un seul vaccin secondaire a été mis en fonctions à ce jour, un dérivé du NYCBOH : le "ACAM 1000". Les tests sur des animaux montre une virulence moins importante que l'initiale. Aujourd'hui aucun effet secondaire indésirable n'a été détecté.

Les vaccins de troisième génération cherchent à être efficace avec un minimum d'effets secondaires (les souches obtenues ne sont pas réplicatives). Les effets secondaires qui limitent l'utilisation de ces vaccins sont en rapport à ceux de première génération. Aujourd'hui le nombre de patients immunodéprimés est bien supérieur, de plus on remarque que les complications sont plus nombreuses lorsque l'organisme n'est pas habitué au vaccin (lors de la première vaccination). Aux Etats-Unis en 1968, une campagne de vaccination à grande échelle sur 14,2 millions de personnes a entraîné la mort de neuf sujets (on compta 16 encéphalites post-vaccinales, 11 vaccines progressives, 126 eczémas et 146 vaccines généralisées).

Le virus de la vaccine est un virus vivant et peut être transmis de manière interhumaine. On suppose de même que les vaccins vieux de plus de vingt ans peuvent contenir des antibiotiques et entraînent donc des réactions allergiques.

En général, les effets secondaires sont associés à des fièvres, des vertiges, des nausées et autres états de malaises qui disparaissent sur deux semaines. La vaccination dépend des sujets, il est formellement contre-indiqué aux sujets immunodéprimés, aux femmes enceintes et aux sujets allergiques à certains médicaments de subir un vaccin antivariolique.

Su l'échelle de la population française, on a calculé qu'une vaccination totale engendrerait 320 décès et 20 000 personnes souffrant d'effets indésirables. Ainsi les suspicions d'actes bioterroristes montrent un enjeu destructeur qui prouve la nécessité de la prévention.

b) Un plan pour contrer le bioterrorisme - Le plan Biotox

Face à l'éventualité d'attaques bactériologiques, plusieurs gouvernement ont mis en place des plans d'interventions (Biotox). En France, des préparations sont élaborées en cas d'attaque ou de suspicion d'attaque bioterroriste. Depuis juin 2000, les ministères de l'Intérieur, de la Défense, et de la Santé ont mis en place une cellule d'experts. Cette lutte s'appuie sur des centres référants. La répartition des zones de défense permet d'homogénéiser les prises en charge en France.

Dès qu'une alerte est déclenchée, une cellule de crise (composé des médecins experts et autres personnels administratifs) est chargée de s'occuper de patients susceptibles d'être infectés. Sur le territoire français, plusieurs équipes peuvent faire face à une contamination pathologique. Tout d'abord une équipe est composée dans chaque région d'un personnel qualifié prêt à être vacciné, et en particulier contre la variole. A un plus haut niveau, une équipe nationale doit agir sur tout le territoire pour diagnostiquer ou isoler un sujet atteint.

Depuis les contaminations d'anthrax signalés aux Etats-Unis en octobre 2001, l'alerte n'a jamais été autre que partielle en France. L'efficacité du plan Biotox est basée sur la rapidité du déclenchement de l'alerte, pour cela on dispose de différents moyens :

- Les médecins généralistes

- Les laboratoires de microbiologie

- Les instances hospitalières

- Le SAMU, les pompiers

- Les informations en provenance de l'étranger

La prise en charge du bioterrorisme en France ainsi que dans l'ensemble des pays européens est certes hypothétique, mais certaines mesures restent indispensables. Les nations actuelles sont donc préparées à tout problème de contamination mais leur réalisation reste théorique.

 

CONCLUSION

Après avoir étudié l'ensemble des caractères de l'Unité 731 qui opérait durant la deuxième guerre mondiale, nous avons pu en tirer différents éléments qui tendent à montrer que ce groupe faisait parti d'un programme de guerre bactériologique. Ainsi dans un premier temps nous fûmes amenés à nous informer sur le contexte qui favorisa l'apparition de cette nouvelle manière de faire la guerre. En effet, la société japonaise subissait alors un changement radical dans ses idéaux. Ainsi ce pays vit Shiro Ishii, un homme dont les principes dépassaient toute règle d'éthique, apporter l'horreur en Asie par l'intermédiaire de son unité d'expérimentation scientifique et guerrière. Ceci montre tout à fait la mutation des guerres modernes vers la science.

Notre second axe de recherche illustre parfaitement l'enjeu des conflits actuels, en décrivant une grande partie des maladies et des armes que cette fameuse unité 731 utilisa, et qui pourraient être encore exploités de nos jours.

La période d'après guerre a finalement été le théâtre des condamnations de ces actes "scientifiques". Cependant, la dénonciation de ces événements a surtout permis de développer l'importance de l'aspect scientifique des guerres contemporaines et pose ainsi le problème du bioterrorisme. L'unité 731 a donc été un exemple tout particulier de guerre bactériologique survenu durant la Deuxième Guerre Mondiale.

Aujourd'hui certaines nations, comme la France, prennent des mesures pour contrer ce genre de problème et ainsi favorisent la survie des victimes de ces types attaques.

 

Bibliographie

Ouvrages Généraux

Ouvrages spécialisés

Articles

Les Etats-Unis et la menace biologique de Wright (Susan) 29 janvier 2002

Double langage et guerre bactériologique de Wright (Susan) Novembre 2001

Les crimes de l'armée impériale Octobre 2001

Quand le Japon "oublie" ses crimes de Pons (Philippe) Octobre 2001

Les armes biologiques de la guerre de Corée de Endicott et Hagerman Juillet 1999

La guerre froide août-septembre 2003

Les armes spéciales des guerres antiques de Arnaud (Bernadette) P106-104

Sites Internet

Japon : reconnaissance de la guerre bactériologique menée en Chine, mais refus de dédommagement. De Xinhua, 28 août 2002

Encyclopédies & Dictionnaires

 

ANNEXE 1

Des cobayes humains dès l'Antiquité

On les croit d'apparition récente, concoctées dans des laboratoires ultrasophistiqués. En réalité, les armes chimiques et biologiques sont aussi vieilles que les guerres comme on le voit sur cette peinture. Mithridate VI du Pont, grand ennemi de Rome, était toxicologue à ses heures. En compagnie de ses grands prêtres, il aimait tester les poisons les plus virulents et leurs antidotes sur des prisonniers. Les effets de l'arsenic, de la ciguë, de l'aconit ou d'autres plantes étaient alors mesurés. Il est intéressant de voir que plusieurs centaines de siècles plus tard, Ishii n'a finallement rien inventé.

 

ANNEXE 2

Hippocrate était un médecin grec, considéré comme un des plus grands médecins de l'Antiquité. Dans de nombreux pays, le serment d'Hippocrate est prêté par les médecins avant de commencer à exercer.

Le Serment d'Hippocrate

Je jure par Apollon, médecin, par Esculade, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l'engagement suivants: je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon savoir, et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins; je tiendrai ses enfants pour des frères, et, s'ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement.

Je ferai part des préceptes, des leçons orales et du reste de l'enseignement à mes fils, à ceux de mon maître, et aux disciples liés par un engagement et un serment suivant la loi médicale, mais à nul autre.

Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m'abstiendrai de tout mal et de toute injustice.

Je ne remettrai à personne du poison, si on m'en demande, ni ne prendrai l'initiative d'une pareille suggestion; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif.

Je passerai ma vie et j'exercerai mon art dans l'innocence et la pureté.

Je ne pratiquerai pas l'opération de la taille, je la laisserai aux gens qui s'en occupent.

Dans quelque maison que j'entre, j'y entrerai pour l'utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves.

Quoi que je vois ou entende en société pendant l'exercice ou même hors de l'exercice de ma profession, je tairai ce qui n'a pas besoin d'être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas.

Si je remplis ce serment sans l'enfreindre, qu'il me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais parmi les hommes; si je le viole et que je me parjure, puis-je avoir un sort contraire!